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CROISIERE DU 22 07 2007

 

Je vous fais grâce ici des détails de la mise à l'eau, et du « remplissage » du bateau pour le départ de cette traversée de 5 à 6 jours, qui aurait du nous emmener jusqu'à Préfailles (Petit port d'échouage de la pointe St Gildas près de Nantes).

Mon cousin Arnaud (représentant à lui seul 50% de l'équipage) sera du voyage. La petitesse du bateau ne l'effraie pas plus que cela. Il sait à peu près dans quoi il s'engage. Il n'est pas du genre à se « prendre la tête » pour des considérations d'ordres matériels, et sa passion pour le surf le pousse souvent à la pratique du camping ultra minimaliste. Une simple voiture et une tente pouvant lui servir de maison aussi longtemps qu'il y aura des vagues...

Je me souviens du mot de réconfort qu'il m'adresse, dans un mouvement dubitatif de la tête, pendant les vérifications des trop nombreux équipements de sécurités pour la taille du bateau (lui-même déjà rempli de mousse d'insubmersibilité) :
« Pour que cela soit vivable à deux, il faudra être super organisé... » Je me félicite d'avoir avec moi une personne d'expérience, et pas trop regardante sur le « confort ». Mais, il croit bon d'ajouter : « Même si je suis persuadé que, de toutes façons, cela va être en permanence un gros bordel... »
Je ris de bon coeur devant le pessimisme d'Arnaud, ne réalisant pas encore, qu'il s'agit d'une prophétie.


Bourgenais : Un port construit dans les années 80, et qui offre de bonnes prestations aux plaisanciers.
   

Le moteur marin est une source d'ennui constant.

22 juillet, 11H30, le port de Bourgenais est juste derrière nous. Rapidement, nous fermons la tronche au moteur, qui, toujours aussi grossier, n'en fini jamais de gueuler sont mécontentement de tourner. D'une obscénité constante, il souille et dégrade de son mieux les magnifiques lieux et instants que je m'éfforce de lui faire vivre. Jamais reconnaissant, il préfère éructer à  grands bruits ses gaz malodorants et huileux dans la fragile eau turquoise, et sa malignité de corniaud rasé le place toujours à la limite de ce qu'il peut se permettre pour ne pas finir à la flotte. Devant cette matinale beauté océane, il faut encore que nous soyons obligés d'emmener ce con avec nous. Même silencieux, je sens souvent à l'approche du port, son petit sourire niaiseux derrière ma nuque, évaluant sournoisement le moment de plus déloyale pour ne plus redémarrer. Comment pourrais-je cacher ma haine craintive envers ce Jean-jean inepte, capable de se mettre en rade dans des circonstances aussi malsaines pour nous que pour lui.
Si cet effroyable débile ne nous a pas encore indirectement projetés sur les enrochements du port, c'est pour la simple raison qu'il sait que je lui défoncerais la gueule à coup de barre à mine. 
Je pense ici à propos, de citer se vers de  Baudelaire (je pense...) « Ahhh ! Moteur... Le jour ou je t'attraperais par les c..., t’as pas fini de chanter. »
 


Le Port des Sables d'Olonnes

Le vent glisse donc maintenant sur les voiles, et le bateau s'ébroue par un léger vent de travers ;  direction Saint Gilles Croix de Vie, soit environ 6 heures de navigation. Il nous fallut deux heures et demi pour dépasser les Sables d'Olonne. Durant ce temps, je voulus montrer à Arnaud comment faire le point en vu des cotes, avec un compas de relèvement. Cela m'a pris pas mal de temps avant de faire des relevés fiables, et malgré mon « mer calme », je commençais à verdir... De toutes façons, la première traversée devait forcément se faire avec des nausées... alors un peu plus tôt ou un peu plus tard... je me serais d'ailleurs volontiers arrêté au Sables d'Olonnes pour reposer mon estomac, mais Arnaud voulais suivre le planning fixé, et aller plus en avant. C'était faire preuve d'une motivation certaine et inébranlable, car pour lui aussi, le plus dure restait à venir... Passé le phare des Barges, le vent fini définitivement de tourner. C'est vent arrière, génois tangonné, que nous allions finir notre voyage. Gardant à l'esprit le dicton appris de mon père « Les bananes, c'est aussi bon au retour qu'a l'allé... » Je m'efforçais de manger de temps en temps de ce fruit à chair tendre, que nous avions acheté avant le départ, non sans un certain fatalisme.
Le vent forcissant progressivement, c'est 2 heures et 45 minutes plus tard qu'il nous faudra affaler les voiles devant saint Gilles Croix De Vie... Cela ne faisait qu'une heure que je n'étais plus malade...


A l'approche de la marque cardinale Sud "Petite barge", le vent change de direction. C'est vent arrière que nous passerons devant le phare des Barges, situé un peu plus au Nord.

 


Le Port de Saint Gilles Croix de Vie

A l'intérieur du port, c'est peut-être notre air abruti qui poussa un type du port à venir à notre rencontre pour nous demander si nous étions des visiteurs... je préfère penser qu'il ne reconnut pas en la difforme allure de l'Océanix, un voilier familier du port. Il ne reste plus que cinq mètres à faire pour rejoindre la place qui nous est désigné, lorsque le moteur cale...?

Une fois amarré, je soulève le moteur, et je trouve un sac plastique dans l'hélice. Je ne cherche pas plus loin, et ne prends même pas la peine de refaire tourner le moteur. Comment, en effet, un homme (et je le dis en toute modestie) doué d'intelligence tel que moi aurait-il pu soupçonner un instant qu'il s'agissait ici d'une sournoise ruse du perfide Jean-jean. Il faut se résoudre ici à ne pas trouver d'explication rationnelle. Jean-jean est une ignoble buse.

Contrairement aux Sables d'Olonnes, de superbes sanitaires ont été installé, en double, du côté sud du port. Nous sommes cependant à vingt minutes de marche de la capitainerie, et les informations que nous y trouvons n'y sont pas bonnes. Le soir nous mangeons un « repas » que mes souvenirs ont préféré effacer de ma mémoire, et durant la nuit, par l'ouverture de la demi-porte de la descente, nous avons, comme prévu, pu voir les mâts des bateaux voisins de plus en plus osciller sous l'arrivé de la dépression annoncée. Il pleut...

Le lendemain nous restons donc au port, sous des averses intermittentes et un vent de force 6. Ce vent n'ayant visiblement pas l'intention de faiblir, demain matin, à moins de force 5, le long louvoyage vers l'Ile de Noirmoutier serait vraiment inconfortable, et je n'ai pas envie de le faire. Pour Arnaud, si l'on ne va pas plus haut rapidement, autant rentrer plus vite vers la Belgique. Demain nous essaierons de retourner à Bourgenais plein vent arrière. Cela devrait donner...

 

Départ le matin dès que nous sommes prêts.
Démarrage du moteur, préparation de la drisse de grand voile et retrait des amarres pendant que le moteur chauffe.
Marche arrière entre les deux pontons, marche avant, calage... Point mort, lanceur, démarrage, marche avant, calage... Arnaud commence à se placer stratégiquement pour éviter de frotter les autres bateaux du ponton sous le vent. Pendant ce temps je continue à bidouiller le moteur et me rends compte qu'il ne tient que le ralenti et la marche arrière. C'est donc en reculant que je dégage le bateau des pontons pour nous retrouver au milieu du port, là où il y a de l'eau à courir...
Point mort, puis marche avant, mais cette fois ci, plein gaz : brrrwwwaaa  pet  pet ... Je tire et retire sur le lanceur, mais comme pour me punir de chercher une ruse pour nous sortir de là en marche arrière, le moteur refuse maintenant de démarrer. Je sens mes épaules me tirer vers le bas, et devant le tas de ferraille sans vie, je n'ai plus la force de soupirer qu'un faible « putain »...
L'espace d'une seconde je reste à regarder refroidir le bidule pendant que le vent nous pousse, attendant une intervention divine, une voix m'expliquant pourquoi, ou l'arriver du Samaritain. Je me tourne alors vers la seule personne présente à bord susceptible de m'aider, et lui lance, au cas ou il y aurait eu une ambiguïté sur le sujet : « C'est pas bon, là... » Arnaud, les bras ballant, me renvoie un regard reflétant l'immense platitude de la banalité de mes propos.


Avant le départ, pour éloigner tous les problèmes, une vérification complète et très minutieuse des organes principaux dans un coin du jardin doit être impérativement faite par beau temps. De petites planches seront astutieusement disposé pour éviter aux billes des roulements de trainer dans la poussière.

Mais nous sommes déjà à deux pas d'un Tabasco amarré sur corps mort dans l'arrière port. Un petit coup de barre et hop, nous l'attrapons. Nous finissons à peine de nous amarrer à couple que le type du port, certainement un étudiant en emploi d'été, viens nous prendre en remorque pour nous mettre sur le ponton « carburant ». L'étudiant, toujours dans sa barque, se place en face du tableau arrière, et me regarde démonter le capot. La beauté de ce moteur qui n'a du tourner qu'une douzaine d'heure depuis sa fabrication tranche avec la laideur sordide du temps qui vire maintenant à la pluie. Lanceur... Il démarre, mais toujours pas de marche avant. Et là l'étudiant me fait en jetant un oeil au ciel « Vous vouliez sortir là ? »
Je le regarde.
J'imagine qu'il fait référence au temps, tout en y ajoutant confusément les paramètres de notre bizarre embarcation.


De retour de la capitainerie, le pont principal de Saint Gilles Croix de Vie.

Oui, pourquoi, nous, on a  pas un first 27.7 flambant neuf. Nous quand on rentre au port, c'est pas sous le soleil avec des gonzesses à moitiés nues sur la plage avant. Ce n'est pas non plus sous le regard envieux et admiratif des passants ou le respect servile du personnel portuaire. Nous, quand on manœuvre dans le port, les badauds ne détournent la tête que par l'agression sonore des brusques montées en régime du hors bord essayant de freiner le bateau. Ils attendent un instant, espérant secrètement que l'on se fracasse quelque part, puis déçus, détournent de nouveau le regard en murmurant : « blaireau ». Sur les first 27.7, le type qui tient la barre est toujours beau comme un dieu, ordonnant du bout des doigts l'arrêt instantané du yacht par les lourds feulement du diesel. Quand il s'exprime tout le monde se tait, et le personnel du port, frappé par tant de grasse, cherche toujours à lui trouver les meilleures places dans le bassin. Ces types là, même quand ils vont à la douche, à deux pas de leur bateau, avec leur serviette sur l'épaule; ils ont encore la classe d'un dignitaire de l'empire romain. Nous, une fois arrivé à notre place, non sans, au préalable, s'être excuser d'exister  auprès de la capitainerie, on se rend compte qu'il faut les jumelles pour apercevoir l'emplacement des toilettes. C'est donc en embrassant l'équipage et en s'assurant que tout va encore à peu prêt bien, que l'on entreprend les vingt minutes de marche qui nous mènerons aux sanitaires. En route, il arrive que l'on se rende compte que l'on aie oublié le dentifrice, mais une fois sur place, cela peut-être l'absence de papier qui nous fera le plus défaut...


Toujours sur le retour, mais à mi parcours, en revenant de la capitainerie.

En sortant enfin des sanitaires, le blaireau ne peut alors rater, juste devant lui, les éclats éblouissants des chromes et gel coat des First 27.7 brillant sous l'astre royal. Happé par l'envie, vous en croiserez certainement, immobile devant tant de beauté, un sac sur le dos encore tiède de l'eau de la douche sur l’épaule, des feuilles de papier rose dépassant de la poche de leur short (si bien sûr ils ont des poches..).Ils analysent l'accastillage, évaluent la stabilité des voiliers, remarque étonné que des personnes se déplacent avec classe et assurance sur le pont, un verre de scotch à la main. Certain, venant juste d'arriver, moteur encore tournant, sont déjà attablé autour de la table de cockpit, devant un apéritif aussi copieux qu'incongru. Comment serait-il possible, en effet, que les chips de son bord soient autre chose que de la chapelure, dans son bateau si petit que les cartes marines ont des odeurs de melons, et le pain un goût de fusées de détresses... Puis, notre paumé, tourne soudain des talons, sentant des regards se poser sur lui. Il baisse la tête, honteux, d'être une rognure de la plaisance. Pire encore, honteux de si pitoyablement se réconforter de ce que son bateau soit  à l'abris des regards, au fin font du port, rassurer que peut de ses congénères puissent soupçonner une existence aussi misérable. Paria de la plaisance, la nuit tombe. Il finit petit à petit par se redresser au fur et à mesure que les lampadaires se font de plus en plus rare sur le chemin du retour. Encore dans ses pensés, il marche sur le ponton mal éclairé, retrouve son bateau et monte à bord en saisissant un hauban pour ne pas tomber sous les  20° de gîte que prends immanquablement le voilier. Il est alors soudainement sorti de ses songes par un cri de rage sortant de la cabine : « bordel, les nouilles !! y'en a partout m... »


Bientôt arrivé au bateau. Je pense reconnaitre un croisicais attendant son maître.

Oui, les lauriers et les considérations, ce n'est pas pour nous. C'est pourtant nous qui en bavons... Le retour vers Bourgenais aurait du se faire vent arrière par force 5 faiblissant 4. De toutes façons, si le temps ne permettait pas de rentré à Bourgenais, nous aurions pu regagner le port des Sables d'Olonnes, l'entrée étant sous le vent. Alors ouais, on comptait sortir, mais maintenant, les cirés sont enfilés, et la motivation s’émousse à mesure que l'intérieur du bateau s'humidifie par des allés et retour pour trouver dans ses tripes les trop rares outils nous permettant d'ausculter le moteur ruisselant. Les accastilleurs ne pouvaient réparer immédiatement. Nous ne savions pas encore qu'une clé de 10 aurait suffit à démonter puis nettoyer un dépôt dans la cuve du carburateur et à nous refaire partir. Le nettoyage de la bougie, et la vidange tète en bas de l'essence du moteur, au cas ou de l'eau se serait infiltrée, n'ont fait qu'augmenter le désordre.

Alors je l'avoue, j'ai faibli...

Serrant dans mes mains humides le rouleau d'essuie-tout servant à assécher la demi bouteille en plastique ayant fait office d'entonnoir, regardant dans les 45° d'angle de vue que me laisse la capuche de mon ciré le spectacle du bazar humide régnant un peu partout, je sentis monter en moi, des profondeurs de mon ventre une incommensurable et irrépressible envie d'être ailleurs, quand, arrivant de nouveau sur le ponton, une personne du port me lance : « Faut pas rester là. Un First doit prendre cette place pour attendre son grutage. »

« Faut pas rester là »... Quelle douce musique... moi qui ne pense justement qu'à cela...

Mais pour nous cela ne sera de nouveau qu’un minable remorquage derrière les eaux tourmentées de la prame nous ramenant à la place quitté deux heures plus tôt.

Cette fois il y en a marre. Coup de téléphone à notre bienfaitrice sauveuse, Magali. Aussi indispensable que ma maman qui, enfant, me tenais la nouille, pour que je puisse faire mon pipi, elle vient nous chercher en voiture afin que nous puissions prendre la remorque du bateau. C'est donc en misérable terrien que nous regagnons Bougenais, honteux d'une si faible persévérance à faire honneur à la chance qui nous était offerte d’être sur l'e

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