LA PLAISANCE DE FER |
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C'est mon père qui m'a donné le virus
de la voile. Il est resté longtemps avec un pèche
promenade de Bénéteau : le Galion. C'était dans les années
1980, j'avais à l'époque entre 12 et 16 ans, et je ne
voyais vraiment pas l'intérêt de partir faire des ronds
à deux milles du ports de Jard, et de revenir au bout de
trois heures, au même point. Avec cependant parfois une
paleur qui laissait deviner que j'avais mené une
certaine lutte pour retenir mon petit déjeuné... Oui, je ne comprenais pas pourquoi il s'obstinait à sortir avec se bateau déjà vieux, au moteur inboard essence malade qui manquait de compression, et qui augmentait inutilement le niveau de stresse que je devinais à son visage grimaçant quand il actionnait le démarreur. Il avait appris à naviguer devant des bouquins, assit sur sa chaise dans la cuisine. Alors sur l'eau, évidemment, s'était une autre musique. Les mouvements du bateau, le bruit des vaques sur la coque, le vent dans les oreilles ou sur les voiles qui claquent, déroutent un peu par rapport au sifflement de la cocotte minute familiale. Et puis il y avait ce sacro-saint moteur qui, par ses ratés, retenait une bonne part de la concentration des forces vives de l'équipage, et qui, par ses silences aussi impromptus qu'inopportuns, tranformait soudain une manoeuvre hésitante mais prudente en une innommable foire... Il fallait au total une certaine dose de volonté pour garder intact le plaisir d'être sur l'eau, avec les commentaires désagréables ou les remarques malveillantes de ma mère qui ne reconnaissait alors pas le "potentiel naviguant" de mon père. En fait, il ne baissa pas les bras, et il décida d'acheter un vrai voilier, car décidément la vitesse et les manoeuvres sous voile en Galion restait un problème. A l'époque, il lorguait sur les Edel 5. Mais si la vente du Galion s'était fait plus rapidement, il aurait certainement acheté un Océanix dernière version. En effet, il y en avait un qui était couché sur le terrain d'un l'accastilleur, proche de Jard en Vendée. C'est d'ailleurs cette perspective jamais concrétisée qui m'a donnée, 15 ans plus tard, l'envie d'acheter ce type de bateau. Le port de Bourgenay était alors en construction. Une fois fini, c'est là que mon père se laissa convaincre par le vendeur d'un GibSea 20. Comme toujours, le moteur avait des problèmes de fonctionnement, mais sous voiles s'était le jour et la nuit. Et le virus était pris pour moi aussi. |
| A partir de ce moment c'est plutôt ma mère,
très critique sur les plaisirs de la voile, qui eu la
vie dure. Selon le jugement de mon père le GibSea 20
devenait trop petit pour nos futures croisières
familiales. Il nous fallait donc un autre bateau. Il
m'avait dit devant un Sangria que cela ne servait à rien
de chipoter, et qu'il fallait prendre le plus gros
possible pour la somme qu'il voulait mettre. Dans ces
conditions... se fut un bateau de régate, mais déjà
vieux pour la compétition du début des années 90 : un
Trident 80. A l'époque je n'en croyais pas mes yeux...
Il a fait le chèque pour le Trident... C'était un
superbe bateau, que j'idôlatrais déjà depuis quelque
temps, pour sa ligne et ses résultats en régate. Le
notre avait un Hors Bord (qu'il a fallu bien sûr changer...),
et un grand tirant d'eau...
Cependant, alors que je grandissais, mon père lui,
vieillissait. Les contraintes d'un tel bateau devenaient
importantes. Le tirant d'eau, le gros hors bord, la place
de port, et les hivernages devenaient pesants. Moi même,
je me rendais compte qu'il était très difficile de
faire les manoeuvres de port seul avec le hors bord, et
je réalisais que l'important n'était pas la grosseur du
bateau, mais se que l'on en faisait. Je me souviens en
particulier d'un jour ou nous étions au port de La
Rochelle, et, parce qu'il pleuvait des cordes, nous n'étions
pas sortie. Le temps passait... à bouquinner...Et en
regardant dehors, je finis par voir un Sylphe avec deux
types dessus, qui vinrent s'ammarrer à deux places de
nous, sur le ponton visiteurs... Mais d'ou est-ce qu'ils
venaient?... Malgré la pluie, ils avaient la démarche
tranquille de ceux qui sont déjà trempés jusqu'au slip.
Et comme si de rien était, l'un d'eux, après un petit
signe de la main à son collègue, s'éloigna calmement
en marchant vers la capitainerie, pendant que l'autre
finissait d'amarrer soigneusement le voilier au moteur
encore tournant... Je me rassis sur la couchette...
Quelle leçon.... la véritée était là... Ces types là
n'étaient visiblement pas du genre à se laisser embêter
par un moteur qui toussote, du jeu dans la barre, ou de
l'eau dans leurs bottes. Ces types là, c'est pas le mal
de mer qui allait les empècher de vomir en souriant. Ils
ne se la racontaient pas derrière un chocolat chaud,
dans la tièdeur utérine du bistrot du port. Ils ne représentaient
pas l'action, ils l'incarnaient. La plaisance de fer s'étaient
eux. Il arrive encore que l'on rencontrer l'un de ces
givrés que la passion embarque, à moto sous une pluie
verglassante, à vélo sur une pente à 30%, ou allongé
pour la nième fois dans la cabine d'un voilier, le nez
dans un seau, le regard vide, fixé sur des restes de
comprimés anti-vomitif, flottant parmi des aliments trop
mal digérés. Pour ma part, je ne cherchais pas, et je ne cherche d'ailleurs toujours pas, particulièrement ces plaisirs extrèmes que seuls quelques initiés savent savourer. Mais puisse qu'il devenait difficile d'utiliser le Trident, j'étais d'accord pour le vendre. Je ne restais cependant guère longtemps sans voilier. Outre l'Europe (dériveur solitaire), je finis rapidement par tomber sur un Flirt dériveur réduit plus ou moins à l'état d'épave. Je ne travaillais pas encore, et malgré cela, je n'eu pas à pousser du coude mon père trop fort pour qu'il libère les 15000 francs qui allait faire de moi le quasi propriétaire de cette "magnifique" unité, qui brillait plus dans mes yeux, que dans ceux de mon entourage. Il me fallu en effet plus d'un mois de vacances à travailler dessus pour refaire l'intérieur et l'extérieur de ce bateau. L'une des nombreuses voiles d'avant du Trident qui avait été mis de côté, servie de génois pour le Flirt. Un enrouleur, un moteur et une nouvelle dérive inox furent installé. Au bout de ces dépenses, mon père me donna alors le bateau. Mais le temps passait, et je rencontrais déjà celle qui allait devenir ma femme, qui comme beaucoup de berrichonne, on un a priori sur la voile qui passe du neutre au négatif, quand on leur montre les factures. Je commençais juste à travailler, je n'ai pas souvenir d'avoir navigué plus de cinq ou six fois dessus, et déjà il fallait le revendre le prix qu'il avait couté en réparation... Il s'appellait "BAKA" (terme Japonnais signifiant "Idiot") Je vendis aussi l'Europe, et me mis à retapper une coque de X4 (dériveur) qu'un club nautique me donna. Je le revendis bientôt, non sans avoir trouvé auparavant un capelan sur sa remorque pour 1500 €.... Ma femme m'avait dit à l'époque en rigolant qu'elle était d'accord pour mettre ce prix dans un bateau, mais pas plus. Evidemment, à ce prix, il y avait encore du travail à réaliser, mais cependant moins que sur le Firt ou la X4. Le moteur n'avait plus de marche arrière, et son conduit de refroidissement c'est rapidement bouché. Les listons, les bancs de cockpit et la porte étaient à changer. Il y avait un léger enfoncement dans la coque, et les roues de la remorque étaient bloquées. Pourtant, au bout de deux semaines bien chargé, le bateaux faisait déjà envie. Ma femme, avec malveillance, baptisa le bateau "PLOUC", et je trouvais en effet que cela ne devrait pas mal lui convenir, au regard de ces performances sous voile que je devinais médiocre. Je ne fus pas déçu... |
A la recherche du bateau idéal Les architectes des années 70 avaient
une approche très "marine" dans le dessin de
leurs voiliers. Les lests étaient généreux, en partie,
il est vrai, parce que les coques n'avaient pas la
largeur d'aujourd'hui, et les cockpits étaient profonds
et fermés. Naviguer avec les bateaux de cet époque,
c'est se replonger dans la philosophie de l'époque. |